Bousculer l’ordre établi c’est aussi provoquer la réflexion.

P.M.


L’art est un vecteur résistant qui a la capacité de défendre les bien-fondés de notre République, de notre société, de notre vie, de notre quotidien en cultivant des déclencheurs, des stimulateurs. Lutter, fortifier, protéger, créer, grâce à une approche artistique fondée sur la mémoire en mettant en avant le courage, le respect, le partage et le bien-commun. Autour de ces valeurs est né le projet Mémorandum. Son objectif est aussi d’interpeler, de stimuler la réflexion et la curiosité du plus grand nombre en utilisant le mobilier urbain électoral, en détournant sa fonctionnalité via de grands personnages historiques. Des femmes et des hommes, des résistants chers à notre existence, à nos idéaux, à nos valeurs, à notre éthique. C’est en occupant les lieux et les supports de communication, comme l’affichage électoral ou les panneaux électroniques publics que la prise de conscience et l’impact visuel opèreront. Placardés sur ces panneaux d’affichage électoral, les portraits peints au pochoir sur papier blanc de Pierre Brossolette, Jean Jaurès, Robert Badinter, Lise London, Louise Michel, Simone Veil, Marcelin Albert, Germaine Tillion, Jean Moulin, Lucie Aubrac, Stéphane Hessel, Gilberte Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et un poilu, nous renverrons vers notre propre histoire, vers des engagements qui jusqu’à nos jours ont dirigé notre société vers plus d’humanisme, un renouveau après les révoltes, les conflits, l’occupation, l’extermination après le néant et l’obscurantisme. Les portraits des représentants pour la défense des valeurs républicaines et humanistes seront affichés dans nos rues pour nous rappeler leur engagement à l’heure où ces mêmes valeurs sont bafouées et en péril. Cette installation urbaine ira vers les hommes, à la différence de l’exposition traditionnelle en salle qui passivement attend le visiteur. Choisir l’activité plutôt que la passivité, la construction plutôt que la destruction pour faire vibrer le quotidien. L’art se met en mouvement et va vers qui on le dirige, vers le peuple, vers nous tous. Il se dirige et s’adresse ainsi à toutes générations confondues mais surtout à notre jeunesse grâce au médium urbain au lequel elle s’identifie en partie, le street art. Le code QR qui permettra une connexion via internet sur le site web de l’oeuvre nous délivrera les codes pour que chacun puisse déchiffrer et partager le message que véhicule cette installation. Dans un souci permanent de citoyenneté, je m’oblige, en tant qu’artiste , à me mettre au service du citoyen. Le partage, le respect et la stimulation à la réflexion sont des priorités dans mon travail. Le partage se définit par la conséquence que l’acte de création provoque. Traiter des préoccupations comme forme de liberté sans qu’il n’y ait d’ambigüité face au bon fondé de la thématique est une forme de respect de soucis de l’éthique. Oui, l’art et la République sont évidemment compatibles et cette harmonie doit non seulement vivre mais aussi être protégée, diffusée et partagée pour alimenter le savoir, la connaissance et la responsabilité. Bousculer l’ordre établi c’est aussi provoquer la réflexion. À travers ce mémorandum, ces notes graphiques peintes à la bombe, nous pourrons faire notre devoir de mémoire. Devoir de mémoire qui tend à nous rappeler que nous vivons depuis plus de 70 ans en paix. Mais celle-ci a besoin d’être protégée, et subsister à travers nous. Nous sommes tous les responsables de la société dans laquelle nous évoluons. Tous responsables de la construction de la société dans laquelle nous voulons évoluer. Chacun d’entre nous avons une tâche à accomplir comme ceux qui ont oeuvré pour un avenir meilleur. Perpétuer l’action de ces héros ou pour le moins être conscient et respectueux envers leur labeur. Lucie Aubrac nous rappelait que “Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent.” faisons-le nôtre, soyons partisans, insoumis, indignés et s’il le faut désobéissons. En 2004 les anciens du Conseil National de la Résistance lançaient un appel lors du 60ème anniversaire du programme de ce dernier et ils concluaient ainsi: “Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. “